A la découverte de l'église Saint-Eloi de Bully {Sacré Pays de Bray !}

Eglise de Bully (76)

J'ai pu visiter l'église de Bully à l'occasion de l'événement "Sacré Pays de Bray !" qui s'est déroulé cet été. Je vous propose une petite visite en compagnie de mon ancêtre Anne Varin.

Organisé par le pôle d’équilibre territorial et rural du Pays de Bray, en partenariat avec l’office de tourisme Bray Eawy, l‘office de tourisme des 4 Rivières-en-Bray et le syndicat d’initiative de Londinières, ces journées portes-ouvertes permettent de pénétrer dans des édifices religieux rarement ouverts au public en temps normal. Pour l'occasion étaient exposés les vêtements sacerdotaux et l'orfèvrerie.

Eglise de Bully (76)

Selon Michel Coffin, l'église Saint-Eloi de Bully "est parmi les plus importantes du Pays de Bray par sa taille et ses richesses intérieures". Construite en grès, elle a une nef voûtée en croisées d'ogive, qui date du XVIe siècle. Le chœur est plus ancien ; sa construction a débuté au milieu du XIIIe siècle. 

Carte postale église de Bully
Carte postale des années 1900-1920.
Archives départementales de Seine-Maritime, 020Fi_BULLY_003.

Une tour hexagonale qui abrite une horloge du XVIIe siècle est accolée au transept nord.

La visite de cette église me permet d'évoquer une ancêtre qui y connut certains moments forts de sa vie il y a trois cents ans. 

Pavage ancien du Pays de Bray
Pavage ancien de tommettes du Pays de Bray. 
A Bully, le hameau de Martincamp est connu pour sa production de poterie utilitaire.

  • Baptême : Le 21 janvier 1696 naît une fille, de Louis Varin et Anne Bourdin. L'enfant est baptisée le jour même à l'église paroissiale par le vicaire Monseigneur Lormier. Elle prend le nom de sa mère, Anne.

Baptême d'Anne Varin
Archives départementales de Seine Maritime.

Fonds baptismaux église de Bully 76
Fonds baptismaux et balustrade en bois du XVIIe siècle
Sur le mur de gauche, peinture du baptême du Christ, statues de Saint Antoine et Sainte Marguerite du XVIIe siècle.

A l'époque, il y a cinq prêtres affecrés à l'église, comme le rapporte l'abbé Decorde d'après les archives de la fabrique : le prieur, un vicaire et trois chapelains.

Tabourets de chantre de l'église de Bully
Ces deux tabourets de chantre d'époque Louis XV, dont les pieds sont en forme de pattes d'animaux, étaient probablement utilisés par les religieux pendant les offices. 
  • Mariage : Anne Varin se marie à l'âge de seize ans, en 1712, avec Laurent Carpentier, un jeune homme de vingt ans. Elle ne sait pas écrire comme le montre la marque qu'elle fait sur l'acte de mariage. 

Archives départementales de Seine Maritime.

Nef de l'église de Bully
Nef de l'église de Bully. Les bancs cloisonnés étaient auparavant propriétés des familles qui en avaient financé la fabrication et payaient une redevance annuelle.

  • Métier : Anne et Laurent sont herbagers, c'est-à-dire des paysans qui élèvent des bovins dans des herbages.

C'est l'occasion d'évoquer Saint Eloi, plus connu comme saint patron des orfèvres, des forgerons et des maréchaux-ferrants, mais aussi saint-patron des paysans car il protège les chevaux. C'est sous sa protection qu'est placée l'église paroissiale de Bully. Orfèvre et grand argentier de France originaire du Limousin, il est devenu évêque de Noyon en 641. Son culte est sans doute lié à l'importante activité métallurgique des environs. Il est fêté deux fois, le 29 juin et le 1er décembre.

Saint Eloi à Bully
Statue de Saint Eloi, avec une enclume à ses pieds.
  • Enfants : Anne donne naissance à treize enfants, de ses dix-sept ans à ses quarante-trois ans. 
Elle a sans doute invoqué la protection de sainte Marguerite pendant ses accouchements. Cette vierge martyre serait sortie indemne du ventre d'un dragon qui l'avait avalée. L'église de Bully abrite une statue en bois de Sainte Marguerite du XVIIe siècle.

Statue de Sainte Marguerite Bully

  • Seigneurs : Anne a probablement entraperçu les seigneurs de Bully lors de leurs séjours réguliers au château situé à Martincamp. Ces derniers ont fait peindre à plusieurs reprises leurs armoiries sur les murs de l'église.

Litre funéraire de la famille Maupéou de Roncherolles

Il s'agit d'une litre funéraire dont on retrouve les traces sur des murs et des piliers de l'église. Appelée aussi litre funèbre ou ceinture de deuil, cette bande noire était posée à l'intérieur et parfois même à l'extérieur d'une église pour honorer un membre défunt de la famille seigneuriale du lieu. Elle était à l'origine en tissu et fut par la suite peinte sur les murs, et ponctuée d'armoiries. Le "droit de litre" marquait les prérogatives du seigneur sur ses terres et fut aboli à la Révolution.

Nicolas de Maupéou
Portrait de Nicolas Charles Augustin de Maupeou, gravé par Lebeau en 1791. 
Bibliothèque Nationale de France (disponible sur Gallica).

Le blason la famille de Maupeou (d'argent au porc-épic de sable) est allié à celui de la famille de Roncherolles (d’argent, à deux faces de gueules) ; ils sont surmontés d'une couronne de marquis. René-Nicolas de Maupeou, issu d'une famille de notaires anoblis au XVIe siècle, a occupé les fonctions importantes de garde des Sceaux et chancelier de France sous le règne de Louis XV. Il épouse en 1744 Anne Marguerite Thérèse de Roncherolles, marquise de Bully et seule héritière des seigneurs de l'Estendart.

Blasons Maupéou Roncherolles dans l'église de Bully

  • Décès : Veuve depuis 1763, Anne décède à l'âge de soixante-dix-neuf ans, en 1775, entourée de ses cinq fils qui signent l'acte d'inhumation.

Décès d'Anne Varin
Archives départementales de Seine Maritime.

Sources :

  • Jean-Eugène Decorde, Essai historique et archéologique sur le canton de Neufchâtel, 1848 (disponible sur Google Books).
  • Michel Coffin, Promenade Géographique Historique Touristique en Pays De Bray.
  • Généalogie des Maupéou sur le site Racines et Histoire.
  • Pierre Daniel de Losada y Martí, Madrigal Heráldo de Armas& Pauline de Losada y de Cruz, Le droit seigneurial de litre ou ceintures funéraires dans la France de l'Ancien Régime (academia.edu).

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Sur le pavé de l'église : histoire d'un enfant trouvé au XVIIIe siècle

Simplice Horus : un abandon à Rouen au XIXe siècle