Retrouver la trace d’ancêtres montés à Paris au XVIIIe siècle


Vue d'optique représentant le Pont de St Michel à Paris, 1750.
Bibliothèque Nationale de France (disponible sur Gallica)

Il est fréquent, en généalogie, de ne retrouver pour certains enfants qu’un simple acte de baptême, sans autre trace par la suite. C’était le cas pour mon ancêtre Jacques Lécuyer.

Dix-sept enfants

Jacques Lécuyer épouse Marie Beaurain en 1724 à Moliens, un petit village de Picardie. De cette union naissent douze enfants. Marie Beaurain décède en 1742, à l’âge de quarante ans, quelques mois seulement après la naissance de son dernier enfant.

Dix mois plus tard, Jacques Lécuyer se remarie avec Marie Anne Caron. Lui a alors quarante ans, elle en a trente-deux. Ensemble, ils ont six enfants. Jacques Lécuyer meurt en 1756, à l’âge de cinquante-six ans, et sa seconde épouse disparaît à son tour trois ans plus tard.

Au total, Jacques Lécuyer est père de dix-sept enfants :

  • Huit meurent avant d’atteindre l’âge adulte.
  • Sept ne laissent aucune autre trace dans les archives paroissiales après leur baptême.
  • Deux fils poursuivent leur vie à proximité. 
    • François Lécuyer reste à Moliens, où il travaille comme manouvrier. Marié à trois reprises, il a six enfants. 
    • Son frère Louis Lécuyer s’installe à Monceaux-l’Abbaye, où il exerce le métier de peigneur de laine dans l’artisanat textile local. Avec son épouse Marie Madeleine Gosselin, il a huit enfants.


C’est en lançant une recherche non localisée sur les enfants dont je ne retrouvais aucune trace dans les registres paroissiaux des environs que j’ai découvert une mention de mariage dans le fonds Andriveau.

En poursuivant les interrogations, j’ai finalement retrouvé la trace de cinq enfants de Jacques Lécuyer… à Paris !


Le Fonds Andriveau

Les recherches généalogiques à Paris se heurtent à une difficulté majeure : les registres paroissiaux et d’état civil antérieurs à 1860 ont été détruits lors des incendies de l’Hôtel de Ville et du Palais de Justice pendant la Commune de 1871.

Des relevés des mariages parisiens

Une source permet de retrouver la trace de certains actes : le fonds Andriveau. Fondé en 1830, le cabinet de généalogie Andriveau a réalisé au XIXe siècle de nombreux relevés à partir des registres paroissiaux et de l’état civil encore existants à l’époque.

Ces relevés concernent les mariages célébrés à Paris et dans ses environs entre 1613 et 1805, ainsi que certains divorces. Ils ont été numérisés, indexés et sont aujourd’hui consultables en ligne sur le site Filae (accès par abonnement payant).

Chaque fiche mentionne généralement le nom des époux, la date du mariage, la paroisse concernée et, selon les cas, le nom des parents ou celui d’anciens conjoints. Il existe parfois plusieurs fiches pour une même union : l’une avec la filiation de l’époux, l’autre sur celle de l’épouse. Des abréviations ont été utilisées pour les prénoms sur les fiches, mais ceux-ci ont été retranscrits en toutes lettres dans l’indexation.

Au total, ce sont près de 864 000 fiches qui constituent aujourd’hui une ressource précieuse pour retrouver la trace des familles parisiennes disparues des registres originaux.

Comment chercher

On peut trouver des relevés du fonds Andriveau :

Quelques conseils :
  • Utilisez la recherche sur les variantes phonétiques du nom de famille et des prénoms.
  • Ajoutez le nom et/ ou le prénom des parents. 
  • Si vous avez identifié un mariage où seule une filiation est indiquée, faites une recherche avec uniquement le nom des époux pour trouver les deux fiches.
Exemple de recherche sur le fonds Andriveau dans Filae : Attention la recherche sur les variantes phonétiques ne s’applique pas au nom des parents, c’est pourquoi je n’ai indiqué que le prénom du père.

Et après ? 

Une fois que vous avez retrouvé une filiation, vous pouvez poursuivre vos recherches dans d’autres sources :

  • les archives des notaires parisiens, conservées aux Archives Nationales (contrats de mariage, inventaires après décès...),
  • des fonds numérisés et indexés pour palier à la destruction des archives paroissiales et d'état civil (registres d'inhumations, enregistrement, état civil reconstitué...), qui sont constamment enrichis, par exemple dans le cadre du projet « Famille Parisienne »,
  • etc.

Sources pour Fonds Andriveau :


Cinq enfants de Jacques Lécuyer retrouvés à Paris

Les recherches menées à partir du fonds Andriveau ont permis de retrouver la trace de cinq enfants de Jacques Lécuyer, établis à Paris au XVIIIe siècle.

Marie Anne Lécuyer, première enfant mentionnée à Paris

En 1756, Marie Anne Lécuyer épouse Pierre Vilain dans la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, sur la montagne Sainte-Geneviève.


Les deux fiches du fonds Andriveau sur le mariage de Pierre Vilain et Marie Anne Lécuyer. Filae.

Un registre de clôture d’inventaires après décès du Châtelet de Paris numérisé sur Geneanet m’a permis de retrouver sa trace dix ans plus tard. Cette mention m’a conduite à l’inventaire dressé après son décès, conservé dans les archives notariales des Archives Nationales.

L’acte est établi peu avant le remariage de son veuf, Pierre Vilain, compagnon chapelier. Le couple louait un logement de deux pièces rue des Grands Degrés, dans l’actuel Ve arrondissement. Ils avaient une fille, également prénommée Marie Anne, placée sous la tutelle de son oncle Joseph Lécuyer.


Gravure extraite de l’ouvrage L'art de faire les chapeaux. Par M. l'abbé Nollet, 1765. Bibliothèque Nationale de France.

Joseph Lécuyer, marchand de vin à Paris

Joseph Lécuyer apparaît dans les archives comme tuteur de sa nièce. En 1767, il est marchand de vin et habite rue Neuve-Guillemin, dans le quartier Saint-Sulpice. Cette rue disparaîtra au siècle suivant lors du prolongement de la rue de Rennes.

Marie Marguerite Lécuyer mariée à Saint-Séverin

En 1771, Marie Marguerite Lécuyer épouse Jacques Ligot dans la paroisse Saint-Séverin, située dans l’actuel Ve arrondissement.


Les deux fiches du fonds Andriveau sur le mariage de Jacques Ligot et Marie Marguerite Lécuyer. Filae.

Pierre Louis Lécuyer, « bourgeois de Paris »

En 1772, Pierre Louis Lécuyer, âgé de quarante ans, épouse Marie Geneviève Leduc dans la paroisse Saint-Hilaire. Grâce à un relevé d’actes notariés mis en ligne sur Geneanet, j’ai pu retrouver leur contrat de mariage.


Les deux fiches du fonds Andriveau sur le mariage de Pierre Louis Lécuyer et Marie Geneviève Leduc. Filae.

Pierre Louis y est qualifié de "bourgeois de Paris". Selon la Coutume de Paris de 1741, « Par les Bourgeois de Paris on entend tous ceux qui y ont établi leur domicile, encore qu'ils n'y soient pas nés ».  Cette appellation renseigne donc davantage son statut urbain qu'un titre ou un métier ; elle était souvent utilisée à l'époque par les personnes dont l'activité était peu prestigieuse (domestiques, employés, marchands, etc.). Sa femme est la fille d’un imprimeur en lettres. 


Extrait de : Costumes Civils actuels de tous les Peuples connus, planches dessinées par Desrais et par Jacques Grasset de Saint-Sauveur, gravées par Felix Mixelle. Bibliothèque Nationale de France.

Source sur les bourgeois de Paris :

  • Les ''bourgeois de Paris'' au XVIIIe siècle : identification d'une catégorie sociale polymorphe, thèse de Laurent Croq, 1998.

Louise Angélique Lécuyer et le destin savoyard

En 1776, Louise Angélique Lécuyer épouse Jean Chaffardon dans la paroisse Saint-Méry. 


Les deux fiches du fonds Andriveau sur le mariage de Jean Chaffardon et Louise Angélique Lécuyer. Filae.

Jean Chaffardon est originaire de Savoie. Il est qualifié dans le relevé de mariage de « gagne-deniers », terme désignant les travailleurs précaires qui vendent leurs bras à la journée dans les rues de Paris. Au XVIIIe siècle, la Savoie appartient encore au royaume de Sardaigne ; son rattachement à la France date de 1860. Les Savoyards forment une communauté étrangère nombreuse qui exerce différents petits métiers : ramoneurs, colporteurs, rémouleurs, maçons, porteurs de marchandises, montreurs de marmottes... Leur migration est souvent saisonnière : ils retournent au pays pendant la belle saison pour les travaux agricoles.

Le Ménage Savoyard, estampe de Pierre Pinx, 1743. Bibliothèque Nationale de France.

Après la naissance d’un premier enfant à Paris, Louise Angélique suit son mari dans sa région d’origine, au cœur du massif des Bauges, entre Annecy et Chambéry. Elle y met au monde six enfants et meurt à soixante-et-onze ans, le 10 janvier 1822, à Saint-François-de-Sales.

Comment cette fratrie est-elle arrivée à Paris ?

Leur père, Jacques Lécuyer, meurt en 1756 à l’âge de cinquante-six ans ; quelques mois plus tard, sa fille aînée se marie dans la capitale. Sa seconde épouse disparaît trois ans après, laissant encore plusieurs enfants en bas âge.

Les frères et sœurs ont-ils alors rejoint leur aîné, devenu leur tuteur après la disparition des parents ? Ou bien ont-ils gagné Paris, poussés par des difficultés matérielles, dans l’espoir d’y trouver du travail ?


Plan routier de la ville et faubourg de Paris, 1774. Bibliothèque Nationale de France.


L’exploitation de nouveaux fonds d’archives numérisés pourra permettre d’éclairer ces zones d’ombre.

Retrouvez la généalogique de Jacques Lécuyer sur Geneanet.

D'autres parcours d'ancêtres à Paris :

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